la valse de la co-dépendence

Aujourd’hui, je suis en colère. Pas une de ces colères où je veux casser des choses ou faire mal à quelqu’un, mais une de ces colères où je veux hurler mon outrage et crier ma frustration. Est-ce cela qu’il voulait, ce journaliste avec ces gros sabots de Québécois qui parle de “louisianisation” ? Qui voulait péter cela dans la gueule de ses lecteurs pour leur faire peur à ce dont ils feront face s’ils ne font pas gaffe ? La “louisianisation,” ce qui veut dire “assimilation totale.”

C’est drôle, vous savez. Dans tous les sens du mot. Marrant. Bizarre. Fou. Tordu. Spécialement parce que, vu de sa lorgnette de touriste ayant passé quelques jours à La Nouvelle-Orléans et ensuite en pays cadien (prends-en note, cher lecteur, “cajun” est un mot anglais), il arrive à la conclusion que l’on ne parle plus français en Louisiane. Le simple fait qu’il écrit “cajun” au lieu de “cadien,” la graphie française reconnue même par l’Académie Française depuis la nomination d’un Franco-Louisianais au préstigieux prix Henri de Régnier, fait preuve de sa totale ignorance de la réalité franco-louisianaise.

Nous avons une drôle de relation, nous-autres Franco-Louisianais et vous-autres francophones d’ailleurs. Vous ne vous rendez pas compte que tout ce que vous consommez par rapport à nous passe d’abord par un filtre anglophone. Des mythes, des légendes, des idées reçues. Tout cela qui est, depuis la vente en 1803, créé, projeté, recyclé justement pour nous assimiler de force dans la langue anglaise et le mainstream américain. Je vous dirai un secret : vous êtes complices.

C’est vrai que nos ancêtres auraient pu, auraient dû peut-être, y résister, faire front commun contre les Américains. Mais au Canada, les Premières Nations ont-ils pu résister à l’assimilation, aux pensionnats ? En France, les langues régionales ont-elles tenu tête face aux lois promulguées par Jules Ferry ? Cela vous surprend qu’un Franco-Louisianais puisse vous parler de votre propre histoire, retourner le miroir contre vous et exiger que vous vous regardiez vous-mêmes droit dans les yeux ?

Quelque part, ça me fait rire. Parce que vous ne cessez pas de nous montrez du doigt comme l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Et nous Franco-Louisianais, on continue de se tourner vers vous pour nous montrer le bon chemin de comment faire. Une sorte de co-dépendence ridicule. Une danse où vous essayer de mener une valse tandis que nous tâchons de faire un two-step. Un désaccord de musique et de pas.

Je dois quand-même vous remercier de penser à nous. De la lumière que vous mettez sur nous. C’est fort apprécié. Je souhaiterais juste que nous, Franco-Louisianais, ayons un de ces jours la force et le savoir faire d’écrire notre propre histoire, en français, sans qu’une perspective anglophone traduite en français nous soit rétroprojetée.

4 thoughts on “la valse de la co-dépendence

  1. Tu es dur à notre égard, Joseph, mais sans doute avec raison. Il faut quand mémé comprendre qui est Gilles Proulx. Ce n’est quand même pas un des grands esprits au Québec.

    Like

  2. Non j’suis pas d’accord avec vos propos, M. Gilles Proux à sa place parmi nous et une chance qu’il y a des gens comme lui pour nous rappelé
    à nos racines…

    Like

  3. ICI au QUEBEC, une chance qu on a des personnes comme Gilles Proulx pour nous rappeller qui nous sommes car notre jeunesse,surtout avec “facebook”, a un penchant glissant vers l’anglisisme.Un peu plus de mordant dans notre loi 101 mais ce ne sera pas pour l’instant avec le gouvernement liberal qu’on a actuellement qui se traine a plat ventre pour ne pas froisser les anglos.

    Like

  4. C’est toujours intéressant d’avoir des nouvelles de régions francophones d’Amérique. Parfois les échanges sont ‘maladroits’ ou erronés mais on sait qu’on a au moins une partie d’un héritage culturel commun. Plus on aura de liens, d’échanges et de projets ensemble, mieux cela sera. Mes saluts de la ville de Québec!

    Like

Leave a reply to simon Cancel reply