Bonjour,
M. le Consul général de France à La Nouvelle-Orléans Rodolphe Sambou
M. l’Attaché culturel Thibault Bladek
M. Brandon LOCKE, Président-élu 2026 ACTFL
M. Gregg ROBERTS, ancien Dual Language Innovation Coordinator
Dre. Sophie CAPMARTIN, Présidente de l’AF de NOLA
M. Alan NOBILI, Directeur de l’AF de NOLA
Mme Michele BRAUD, World Languages Specialist at the Louisiana Department of Education
Chers amis, collègues, amateurs & défenseurs de la langue française
Dear Friends, Colleagues, and Defenders of the French language,
Je dois d’abord remercier M. Xavier MOQUET, Attaché de coopération Educative à l’Ambassade de France aux États-Unis et M. Yoël Kidane, Chargé de programmes de coopération éducative, de m’avoir invité à faire ce petit discours.
I must first thank Mr. Xavier Moquet, Education Cooperation Attaché at the French Embassy in the United States and Mr. Yoël Kidane, Education Cooperation Programs Manager, for inviting me to give this speech.
Je dois également vous dire tout de suite que je ne suis ni éducateur ni professeur, je n’ai jamais enseigné un seul cours de français ; pourtant, c’est une langue dans laquelle je vis et travaille tous les jours dans les domaines touristique et culturelle et des relations internationales.
I must also tell that you right away that I am neither an educator nor a professor, I have never taught a single French class; however, it is a language in which I live and work every day in the cultural tourism and international relations sectors.
En 1976, je suis monté dans l’autobus scolaire de mon oncle avec beaucoup d’autres membres ma communauté pour descendre dans les bayous à Dulac, l’un des villages ancestraux de la tribu Houma, pour visiter la petite chapelle missionnaire financée en partie de contributions de mon église. Ma mère m’avait donné $10 piastres – on dit piastre et non pas dollar en français louisianais – pour acheter des souvenirs.
In 1976, I got on my uncle’s schoolbus with many other members of my community to go down the bayou to Dulac, one of the ancestral villages of the United Houma Nation, to visit the mission chapel that my church had contributed money to build. My mother gave me $10 piastres — we say “piastre” instead of “dollar” in Louisiana French — so I could buy souvenirs.
Mes yeux sont tombés directement sur une pirogue taillée en bois de cipre – mot louisianais pour cyprès – et un éventail en latanier que je voulais acheter en cadeau pour ma mère. Mais je n’arrivais pas à communiquer avec l’artisan, un aîné aux cheveux encore noirs et à la peau bronzée parce que, du haut de mes 5 ans, je ne comprenais pas qu’il ne parlait pas anglais.
Right away, I saw a pirogue carved from “cipre” [cypres] — the Louisiana French word for “cyprès” — and a palmetto fan that I wanted to buy for my mother. But I could not communicate with the artisan, an elder with hair that was still black and bronzed skin, because as a 5 year-old little boy, I did not understand that he did not speak English.
Enfin, sa fille est sortie pour faire les intermédiaires et j’ai acheté ma pirogue et mon éventail, des trésors que je garde encore 50 ans plus tard sur une étagère de ma maison. Cette expérience avec ce vieil autochtone, monolingue en français, m’a conduit jusqu’ici.
Finally, his daughter came out to play interpreter and I bought my pirogue and fan, treasure that I still keep on a shelf at home 50 years later. That experience with the elderly Native American, a monolingual French-speaker, brought me here today.
Je vous parle d’autochtones parce que même avant la colonisation européenne, avant que cet endroit ne soit rebaptisé « Nouvelle-Orléans, » il portait déjà le nom de « Bulbancha, » mot amérindien pour « lieu où l’on parle beaucoup de langues. » C’est donc tout à fait approprié que ACTFL ait lieu ici.
I’m talking about Indigenous people because even before European colonisation, before this place was rebaptised “New Orleans,” it already carried the name “Bulbancha,” a native word for “place of many languages.” It’s appropriate then that ACTFL should be held here.
Les transformations politico-économiques du début du 20e siècle m’ont privé de ce qui aurait dû faire partie de mon patrimoine louisianais, ces langues d’héritage française et créole que parlaient mes aïeux arrivés de France au début de la période coloniale.
The political and economic transformations of the early 20th century deprived me of something that should have been part of my Louisiana inheritance, the French and Creole heritage languages spoken by my ancestors who arrived here in the early colonial period.
Je me fais souvent demander comment j’ai appris à parler français et créole, question à laquelle je précise que je ne les ai pas appris, parce qu’il faut voir la réacquisition d’une langue d’héritage comme une réappropriation, une revendication, un acte de résistance car il n’existe pas de mot, ni en français ni en anglais, pour la nostalgie d’une langue perdue.
I am often asked how I learned French and Creole and I clarify that I did not learn them, because we must see the reacquisition of a heritage language as reappropriation, as reclaiming, as an act of resistance, because there is a not a word in French or in English for to describe the nostalgia of a lost language.
Lors de notre première discussion autour de cette présentation, j’ai prévenu Xavier et Yoël que mon discours quotidien porte sur la DIVERSITÉ des langues françaises et créoles en Louisiane AU PLURIEL car il s’agit d’une véritable mosaïque d’expressions franco-créolophones nées de plus de 300 ans de croisement linguistique et culturelle entre autochtones, afro-descendants et euro-descendants.
During our first discussion about this presentation, I forewarned Xavier and Yoël that my daily talking points are about the DIVERSITY of the French and Creole languages, IN THE PLURAL, because there is a veritable mosaic of franco-créolophone expression born from more than 300 years of cultural and linguistic intersection between Native Americans, Afro-descendants, and Euro-descendants.
La diversité de la franco- créolophonie louisianaise est malheureusement très peu représentée dans les manuels scolaires qui mettent le focus presque exclusivement sur les Acadiens devenus Cadiens, dont je descends également. Or, on parlait français ici AVANT l’arrivée du premier groupe d’Acadiens, un peuple historiquement très minoritaire dans la grande histoire de la Louisiane.
The diversity of French and Creole-speaking Louisiana is unfortunately not very well represented in textbooks that put the focus almost exclusively on the Acadians who became Cajuns, from whom I also descend. However, French was spoken here BEFORE the arrival of the first group of Acadians, a people that was historically a minority in the broader history of Louisiana.
Figurez-vous que le nombre d’afro-descendants parlant français et créole en Louisiane depuis des générations étaient DIX FOIS supérieur au nombre total d’Acadiens qui sont arrivés sur une période de 21 ans entre 1764 et 1785.
Imagine that the number of Afro-descendants speaking French and Creole in Louisiana for generations was TEN TIMES greater than the total number of Acadians who arrived over a period of 21 years between 1764 and 1785.
Cette absence de représentativité des autochtones et des afro-descendants invisibilise l’existence de ces peuples et de leurs contributions à la littérature franco-louisianaise, au mouvement pour les droits civiques et au maintien et au développement du français en Louisiane.
The absence of representation of the Indigenous and Afro-descendants invisibilized the existence of these peoples and their contributions to the francophone literature of Louisiana, to the Civil Rights movement and to the maintenance and development of French in Louisiana.
Cette vérité est d’autant plus pertinente à l’heure actuelle parce qu’il est IMPOSSIBLE de parler de la franco-créolophonie louisianaise sans discussion de la diversité, mais aussi de l’absence d’équité et d’inclusion, particulièrement dans les cours de langue où la Louisiane est évoquée.
This truth is all the more important at the present moment because it is IMPOSSIBLE to talk about French and Creole-speaking Louisiana without discussing diversity, but also the absence of equity and inclusion, particularly in language classes that reference Louisiana.
Vous avez sûrement entendu parlé du cas judiciaire déterminant de la fin du 19e siècle, Plessy versus Ferguson. Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que Homer Plessy fut baptisé Homère Adolphe Plessy. Ce monsieur était de langue maternelle française !
You’ve surely heard of the late 19th century landmark court case, Plessy versus Ferguson. What you may not know is that Homer Plessy was baptized Homère Adolphe Plessy. The gentleman’s first language was French.
La première école d’immersion française fondée par une tribu amérindienne francophone a vu le jour ici en 2021.
The first French immersion school founded by a francophone Native American tribe opened its doors here in 2021.
Vous vous demandez peut-être pourquoi ce petit cours d’histoire sur la diversité franco-créolophone alors que sur l’écran il y a un message qui porte sur le développement économique.
You may be wondering why this short history lesson on franco-créolophone diversity when there’s message on the screen about economic development.
C’est parce que c’est justement par le biais de mon parcours professionnel en français et créole à la Plantation Laura, une ancienne habitation de canne à sucre où l’on propose des visites en français, que je suis arrivé à comprendre la valeur ajoutée du français dans un contexte économique.
It’s precisely because through my professional path in French and Creole at Laura Plantation, a former sugar plantation where tours in French are offered, that I learned to understand the added value of French in an economic context.
Avant la pandémie, la fréquentation francophone représentait 30% de notre chiffre d’affaires annuel, une somme significative.
Before the pandemic, French language visitation accounted for 30% of our annual revenues, a significant sum.
Or, il est presque impossible de trouver des employés francophones parce que non seulement les cours de langue ne préparent pas les étudiants à TRAVAILLER en français, aucun de nos programmes universitaires de tourisme, hôtellerie et restauration nécessitent l’étude d’une langue. Aucun.
Yet it is almost impossible to find French-speaking employees because not only do language classes not prepare students to WORK in French, none of our university tourism, hotel, and restaurant programs require students to study a language. None.
Tout ça sans mentionner que les entreprises touristiques ou autres ne sont pas sensibilisées à la valeur ajoutée du français, même en Louisiane.
Not to mention that tourism and other businesses are not aware of the added value of French, even in Louisiana.
Bien que je ne travaille pas dans le milieu éducatif, je partage votre frustration, votre inquiétude face aux coupures budgétaires et à la suppression de programmes. Il y a des endroits en Louisiane où il existe encore aujourd’hui des populations francophones mais où le français n’est plus offert à l’école locale.
Even though I do not work in the field of education, I share your frustration and your worries about budget cuts and the elimination of programs. There are places in Louisiana where people still speak French, but where the language is no longer offered in local schools.
Malgré beaucoup d’opposition et de témoignages, la législature louisianaise a adopté il y a deux ans une loi qui permet aux lycéens de suivre des cours d’informatique au lieu des cours de langue. Parce que nous parlons tous les jours en LINUX et FORTRAN.
Despite much opposition and testimonials, the Louisiana legislature adopted a law two years ago that allows high school students to study computer coding instead of a world language. Because we all speak LINUX and FORTRAN every day.
De mon point de vue, un discours parfois mal reçu, nous nous sommes trop contentés en Louisiane de jouer sur les aspects patrimoniaux et culturels sans prêter assez attention au concept du français économique.
From my point of view, a position that is often not well received, we have let ourselves be too content in Louisiana to play on the heritage and culturel aspects without paying enough attention to the idea of French for business.
La Louisiane est le seul état aux Etats-Unis qui jouit du statut de membre observateur de l’Organisation internationale de la Francophonie, mais nous n’avons pas réussi à construire le bon message, le bon plaidoyer, IN ENGLISH, pour convaincre nos élus et chefs d’entreprise de la VALEUR du français en dehors de la musique cadienne et le gombo créole.
Louisiana is the only state in the United States that benefits from observer member status in the Organisation internationale de la Francophonie, but we have not been able to put together the right message, the right advocacy, IN ENGLISH, to convince our elected officials and business leaders of the VALUE of French outside the confines of Cajun music and Creole gombo.
Mon message est clair.
My message is clear.
Il faut mieux coordonner nos efforts dans les milieux scolaires et universitaires, dans les milieux des affaires et diplomatiques, pour sensibiliser les décideurs et le grand public anglophones aux atouts de l’apprentissage et de l’utilisation du français à l’extérieur de la salle de classe.
We must better coordinate our efforts in the fields of education and universities, in the fields of business and diplomacy, to bring awareness to the English-speaking decision-makers and general public about the advantages of learning and using French outside the classroom.
Il faut créer des outils pour motiver les locuteurs et les employeurs à afficher leur francophonie, à se responsabiliser, parce que sans trouver un moyen de durabiliser le français sur les plans éducatifs, sociaux, professionnels et économiques, cette ressource verte et renouvelable qu’est le français en Louisiane va rester coincé derrière les clichés fatigués des festivals de musique et tables recouvertes d’écrevisses.
We must create tools to motivate speakers and employers to highlight their French, to take responsibility for it, because if we do not find a way to make French sustainable in the educational, social, professional, and economic spheres — the green, renewable resource that French is Louisiana *is*, will remain stuck behind the tired clichés of music festivals and tables covered with crawfish.
Face à cette réalité, je ne peux que marteler encore davantage à qui voudra m’entendre – ou pas – ce message de potentiel jusque-là non-réalisé mais encore, plus que jamais, possible.
Confronted with this reality, I can only loudly repeat to whomever will or will not hear me, this message of unrealized potential that is more than ever possible.
En conclusion, je vous remercie de votre attention et je reste à votre disposition pour échanger.
In conclusion, I thank you for your attention and am at your disposition to continue the conversation.
Merci.
